Art & Design

ENSA Dijon

Nos axes de recherche

1 Unité de Recherche (UR) « Art & société »

Créée en collaboration avec la Maison des Sciences de l’Homme de l’Université de Bourgogne (MSH Dijon), l’Unité de Recherche (UR) « Art & société » organise l’ensemble des activités de recherche au sein de l’ENSA Dijon.

Avec les pôles Pédagogie et Relations internationales, elle fournit le soutien humain, matériel, financier, technique, institutionnel permettant de mettre en œuvre la recherche, et travaille à la diffusion, à la valorisation et à la reconnaissance de la recherche qui s’exerce en art et en design au sein de l’école.

Elle comprend dans ses membres l’ensemble des enseignants de l’école – artistes, designers, théoricien·ne·s –, engagés dans des activités de recherche, parallèlement à leurs missions d’enseignement ainsi qu’à leurs pratiques professionnelles, artistiques, de design et théoriques individuelles et indépendantes. La recherche réfléchit ainsi les médiums artistiques (design, dessin, peinture, performance, photographie, son, vidéo, volume, etc.) et les formes de savoir (histoire de l’art, philosophie, esthétique, théorie de la culture) pratiqués dans l’école.

La recherche en école d’art : invention, expérimentation, mise en commun

Si l’art et la science — qu’il s’agisse des sciences humaines et sociales, des sciences formelles (logique, mathématiques) et naturelles (physique, biologie, etc.) ou encore des sciences de l’ingénieur — diffèrent par leurs critères internes et leurs finalités propres, ils n’ont jamais été étrangers l’un à l’autre. La recherche leur est consubstantielle, et l’un comme l’autre constituent des activités relevant de logiques d’expérimentation et d’invention.
Au cours de leur histoire, l’art et la science (et la technologie) n’ont cessé d’être interpellés voire provoqués l’un par l’autre : de la géométrie, de la physique ou de la théorie des émotions, hier, aux épistémologies contemporaines issues des sciences de l’environnement (écologie), des technologies numériques et de leurs enjeux anthropologiques, comme celles des études de genre et des approches postcoloniales des théories de la culture et de la domination.
Parce que l’interrogation sur les formes de restitution de la recherche appartient au processus-même de la recherche, et tandis qu’aujourd’hui, dans le monde scientifique, de nouvelles formes de démarches et de restitution de la recherche sont en voie d’émergence (practice-based-research, etc.), l’Unité de Recherche « Art et société », tout en s’appuyant sur les formes académiques consacrées de la mise en commun des résultats de la recherche (colloques, publications), initie, encourage et accompagne l’invention de nouvelles formes, souvent hybrides, spécifiques à la recherche en école d’art : expositions, dispositifs, œuvres collectives…

Partenaires institutionnels

  • Pôle d’Action et de Recherche en Art Contemporain de Dijon (ENSA Dijon – centre d’art le Consortium – FRAC Bourgogne – Musée des Beaux-Arts)
  • Fondation de France
  • Les Nouveaux commanditaires en France et en Europe (Société des Nouveaux commanditaires)
  • Bibracte, centre archéologique européen
  • Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne
  • École Nationale Supérieure d’Art de la Villa Arson (Nice)
  • Plateforme des écoles d’art de Bourgogne-Franche-Comté

Partenaires scientifiques

  • Maison des Sciences de l’Homme (MSH) de l’Université de Bourgogne
  • Laboratoire ARTeHIS – Archéologie, Terre, Histoire
  • Centre Georges Chevrier
  • CESAER – Centre d’Économie et de Sociologie appliquées à l’Agriculture et aux Espaces Ruraux
  • AgroSup Dijon, Institut national supérieur des sciences agronomiques, de l’alimentation et de l’environnement

2 AXES

Structuration de la recherche

Pour le quadriennal 2020-2023 (coordination assurée par Lambert Dousson), la recherche à l’ENSA Dijon s’organise à partir de 2 axes thématiques structurants, transversaux et transdisciplinaires.
Ces axes, non exclusifs l’un de l’autre, permettent d’identifier le(s) domaine(s) dans le(s) quel(s) les membres de l’Unité de recherche situent leur activité de recherche.

Axe 1 — Matériaux, médiums, intermédialités
Cet axe interroge les relations des médiums à leurs propres spécificités (procédures, méthodes, histoires) et leur propre identité, ainsi qu’aux types d’altérités qui les questionnent (hybridations des formes et traductibilité des langages ; relations formes « savantes » / formes « populaires » ; nouvelles technologies ; relations art / culture ; autonomie et hétéronomie de l’art ; question de l’exposition ; etc.).

Axe 2 — Crises, contextes, combats
Cet axe aborde la question de l’art et du design à la lumière de leurs relations avec le savoir et le pouvoir, en tant qu’ils interrogent les pratiques et les dispositifs de visibilité et d’invisibilité, éventuellement générateurs de violence. Dans cette perspective, les pratiques artistiques et de design croisent les formes de savoirs et les pratiques militantes (écologie, féminisme). D’où une insistance particulière sur la question de l’inscription, du lieu (espaces urbains, mondes ruraux, marges, migrations), et de leurs contraires (les non-lieux, le déracinement, etc.).

Au sein de ces deux axes peuvent s’organiser des événements ponctuels (publication, colloque, exposition, etc.) ou bien des programmes de recherche de plus grande ampleur.

3 Programmes de recherche

1 / Programme « Nouveaux commanditaires »

Responsables de l’axe de recherche : Mari Linnman et Pierre Marsaa, médiateurs agréés de l’action Nouveaux commanditaires, soutenue par la Fondation de France. 
ARC associé : Nouveaux commanditaires 
(resp. Patricia Brignone, Nathalie Vidal et Pierre Tillet)

Transformer une ferme abandonnée, située en plein Auxois, en un lieu d’apprentissage et de création artistique : ceci n’est pas une utopie des années 1970, mais une commande artistique contemporaine, portée par la Communauté de Communes des Terres d’Auxois, dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires. À terme, cette ferme deviendrait une « fille » de l’École Nationale Supérieure d’Art de Dijon.
Pour l’année 2021-2022, la recherche sera articulée autour de la conception et de l’organisation de la journée d’étude intitulée Du groupe ; expériences, histoire et fiction programmée à l’automne 2021 avec l’écrivaine Olivia Rosenthal et l’historien Jean Vigreux (MSH, Université de Bourgogne).
La réflexion autour de cette journée d’études prendra appui sur le travail de recherche commencé en 2018 avec quatre Situations en lien avec l’Unité de Recherche Art et Société, et le travail mené par Patricia Brignone, Nathalie Vidal et Pierre Tillet à la Ferme du hameau, autour d’une réflexion sur l’Ecole Idéale en milieu rural et de son activation. Ces situations ont été suivies de quatre Ateliers (2019/2020) qui abordaient les points suivants : former un groupe, élaborer le sujet que les membres portent en commun et le projet sur lequel ils désirent s’engager collectivement ; interroger sa gouvernance (à la fois du groupe lui-même et de son projet) ; faire le récit, raconter l’expérience. L’ensemble de ces interrogations prendront forme en mai 2022 à travers une journée d’étude à la Ferme du Hameau avec la chorégraphe Julie Desprairies.

2 / Programme Mutations Urbaines

Responsables de l’axe de recherche : Lambert Dousson, Laurent Karst, Laurent Matras, Hélène Robert (ENSA Dijon) 
ARC associé : ARC « MUUR – Atelier de Recherche 
sur les Mutations URbaines (resp. Laurent Matras) / 
ARC « Dualité art science » (resp. Laurent Karst)

Le programme de recherche transdisciplinaire « Mutations urbaines » s’inscrit dans le prolongement des enseignements de Licence et de Master délivrés par l’équipe de l’option design de l’ENSA Dijon (studios de projet, cours, ARC, workshops). Il réunit designers, architectes, scénographes, paysagistes, artistes et théoriciens tous domaines confondus dans un espace commun de réflexion, d’imagination, de proposition et d’expérimentation urbaines fortement enracinées dans les réalités écologiques, sociales et politiques de la ville à l’ère de l’anthropocène.
La crise écologique qui frappe actuellement l’humanité — la pollution, l’épuisement des ressources naturelles, la destruction des écosystèmes, la disparition de la biodiversité, le réchauffement et le dérèglement climatiques, la multiplication des épisodes extrêmes comme les sécheresses ou les vagues de chaleur —, ainsi que ses conséquences économiques, sociales et politiques, nous obligent à repenser de manière radicale, non seulement nos modes de production et de consommation, mais aussi nos manières de vivre, et en particulier de vivre la ville, c’est-à-dire de produire et de consommer de l’espace et du temps. Elle questionne nos pratiques de l’espace et nos chorégraphies du quotidien.
Les villes, particulièrement vulnérables aux effets de la crise environnementale, sont pour une importante part responsables de celle-ci. Ce qui signifie qu’elles peuvent aussi être le lieu de solutions locales à ce problème global.

Le design, longtemps cantonné dans la sphère du marketing, constitue aujourd’hui un ensemble ouvert de réflexions, de pratiques et de dispositifs, au croisement de la recherche et de la création, travaillant, à même la perception sensible (« affordance »), sur les représentations et les usages de notre environnement, comme vecteurs de transformation des espaces urbains.

Penser et pratiquer la ville comme un écosystème à part entière, prendre soin (« care ») de la biodiversité végétale et animale qu’elle abrite, promouvoir une agriculture urbaine visant une autonomie alimentaire sans danger pour l’environnement, et plus globalement repenser les relations ville / nature, cela suppose ainsi une réflexion sur les activités et les temporalités socioéconomiques de la ville. À l’image des slow cities qui essaiment partout dans le monde, les villes doivent aussi incorporer les mobilités douces (vélo) et les moyens de déplacements non carbonés dont la croissance actuelle est révélatrice.

L’éco-design réfléchit aux impacts environnementaux des matériaux et des formes qu’il met en œuvre, prône le low tech, le do it yourself, l’auto-construction et le réemploi, en s’inspirant des pratiques vernaculaires. Cette relation au travail de la matière nourrit une relation à l’espace par le réinvestissement des zones laissées vacantes ou sans qualité par la modernisation ou la crise économique : friches industrielles et interstices urbains peuvent être les lieux d’un « urbanisme transitoire » où s’expérimentent des manières autres de vivre collectivement la ville, et une place de parking ou un frontage devenir par micro-intervention (acuponcture urbaine) des espaces d’ « urbanisme tactique » comme autant de gestes — légers et joyeux, temporaires et festifs — visant à reconquérir les rues.

Devant la tendance à la standardisation, à l’uniformisation fonctionnelle, à l’homogénéisation sociale et en fin de compte à la stérilisation d’espaces publics privatisés consacrés de plus en plus exclusivement au commerce et à la consommation sous vidéosurveillance, il s’agit d’imaginer des formes inventives d’habiter la ville qui soient susceptibles de la revitaliser.

Parallèlement, partout se font entendre de plus en plus fort les aspirations des citadins à une démocratie urbaine renouvelée — un « droit à la ville » —, dans laquelle les citoyens, sous une forme collaborative ou participative, se voient activement impliqués dans les projets mis en œuvre par les acteurs privés et/ou publics, portant sur leurs espaces de vie, qu’il s’agisse d’une rue, d’une place, d’un quartier, d’un lieu de vie, de travail, ou encore d’un endroit auquel aucune fonction n’est définie par avance, et qui se réinvente au gré des usages.

L’idée d’une ville désirable — où la notion de plaisir n’est plus annexée au consumérisme — parce qu’équitable (ouverte à tou·tes) exige en effet la prise en compte de la diversité et de l’imprévisibilité des usages et des usagers, quels que soient leur âge, leur genre ou leur origine sociale ou culturelle. Les nouvelles pratiques du design urbain se nourrissent ainsi des apports des théories critiques contemporaines (théories féministes et critique du genre, théories postcoloniales, écologie politique, théories du care).

Le programme « Mutations urbaines » s’inscrit ainsi dans le sillage tracé par de nombreux collectifs pluridisciplinaires réunissant urbanistes, vidéastes, designers, écrivains, architectes, philosophes, scénographes, sociologues, paysagistes… (Bellastock, EXYZT, Le Bruit du frigo, Encore heureux…) avec lesquels il est régulièrement conduit à travailler.

Expérimentations in situ, workshops, colloques, publications — comprenant des traductions inédites d’auteurs anglo-saxons aujourd’hui incontournables — composent l’ensemble des activités de recherche du programme.

Pour décentrer le regard et approfondir les explorations, le programme de recherche « Mutations urbaines » s’appuie sur le partenariat de l’ENSA Dijon avec l’École des arts et du design de l’université technologique d’Hubei de Wuhan (Chine), avec la mise en œuvre de workshops croisés.

Au printemps 2022, un colloque sera organisé en partenariat avec AgroSup Dijon, Institut national supérieur des sciences agronomiques, de l’alimentation et de l’environnement, sur les « Cultures alimentaires, transition écologique et espaces publics » (org. et dir. sc. L. Dousson et H. Robert – ENSA-Dijon, Mathieu Duboys De Labarre – AgroSup Dijon).

 

3 / Programme Peinture et couleur

Responsables de l’axe de recherche : Alain Bourgeois, Anne Brégeaut et Bruno Rousselot (ENSA Dijon) 
ARC associé : Façon(s) de peindre (resp. Alain Bourgeois, Anne Brégeaut et Bruno Rousselot)

À l’origine école de dessin, l’ENSA Dijon développe en son sein un programme de recherche centré sur les pratiques actuelles de la peinture.
Ce programme s’inscrit dans le sillage des enseignements délivrés aux étudiant·e·s en Licence et Master (cours théoriques et ateliers, ARCs et workshops). Il s’appuie sur les espaces et les structures de l’école consacrés à la peinture et à la couleur : l’atelier de peinture et l’observatoire européen de la couleur (ECO), qui cartographie les relations entre théories scientifiques de la couleur et pratiques artistiques contemporaines.
Associant étroitement critique historique, réflexion théorique et pratique expérimentale, les activités du programme de recherche « Peinture et couleur » se veulent ouvertes et multiformes : Invitations d’artistes internationaux en présence d’une de leurs œuvres (Olivier Mosset, Pierre Mabille, Eva Nielsen, Philippe Mayaux et Yan-Pei Ming), Conférences et cours théoriques sur l’histoire et l’actualité de la peinture (Michèle Martel et Bernard Marcadé), Workshops avec des artistes invités (Amélie Bertrand, Christophe Cuzin ou Elodie Boutry…), Expositions d’étudiants, à l’école avec Alain Coulange, ou dans un lieu d’art (exposition « Rivière sans retour », organisée par Bruno Rousselot à la galerie Interface en 2019 ; Exposition « La peinture en apnée », FRAC Bourgogne, 2017, commissariat Xavier Douroux (directeur du Consortium de Dijon), Pierre Tillet (enseignant à l’ENSA et critique d’art) et Astrid Handa-Gagnard (directrice du FRAC)).

 

5 Projets de recherche

/// ARTISTES-ENSEIGNANTES : LA TRANSMISSION AU PRISME DU GENRE AU XXe SIÈCLE

[SÉMINAIRE]

  • Sous la direction de Déborah Laks (CNRS, Centre Georges Chevrier UMR 7366)

  • Référent ENSA Dijon : Lambert Dousson

L’enseignement artistique est un continent oublié de l’histoire de l’art, que nous souhaitons cette année aborder spécifiquement au prisme du genre. Le temps passé dans les écoles est un moment particulièrement important pour les jeunes artistes comme pour les professeur·e·s : les expérimentations, la liberté, la communauté des étudiant·e·s, contribuent à créer un environnement où idées, formes et partis-pris sont sans cesse mis en question et discutés. Hors du marché, les écoles constituent des laboratoires où les personnalités autant que les pratiques se cherchent, s’affirment et se renouvellent.

On connaît un certain nombre des difficultés auxquelles se heurtent les artistes femmes : manque de visibilité institutionnelle et de soutien par le marché, subordination aux artistes hommes de l’entourage, marginalisation, cantonnement à des rôles techniques, absence ou retard de la reconnaissance… Mais qu’en est-il de leur place dans les écoles d’art ? L’école peut-elle prendre le relai de l’institution et leur fournir une autre visibilité ? Alors que l’importance des professeurs semble majeure, qu’ils marquent par leur enseignement des générations de jeunes artistes, et bénéficient pour leur propre production de l’émulation du groupe, quelle place est réservée aux artistes femmes dans les écoles d’art ? L’évolution historique est lente mais la proportion d’artistes femmes enseignantes augmente. En revanche, qu’en est-il de la reconnaissance sociale qui est associée à ces fonctions ? Est-elle la même pour les artistes femmes et pour les artistes hommes ? La question du choix, de l’accessibilité de la carrière doivent être soulevées. Prendre en compte l’enseignement permet aussi de révéler des mécanismes de genre à la fois pour les artistes enseignantes et pour les étudiantes. La présence d’artistes femmes enseignantes dans les écoles modifie en effet un certain nombre de dynamiques de pouvoir et de projection.

Ce séminaire de recherche se concentrera sur des études de cas, en France et à l’étranger, d’artistes femmes enseignantes durant le XXe siècle.

Chaque séance comportera un moment d’échange avec le public : il s’agit d’explorer ensemble des pistes de réflexion et de recherche novatrices.

  • 14 octobre
 « Introduction du séminaire / Sculptrices enseignantes au tournant du XXe siècle » par Eva Belgherbi, doctorante, Ecole du Louvre
  • 25 novembre
 « Figure pionnière / Une histoire textile de la modernité : Anni Albers et les ateliers textiles, du Bauhaus au Black Mountain College (1923 – 1965) » par Ida Soulard, doctorante et enseignante à l’Ecole des Beaux-arts de Nantes
  • janvier
 « Circulations et transferts internationaux / Entre étude d’après nature et expérimentation. Maria Lassnig, Professeure à la Hochschule für Angewandte Kunst à Vienne » par Claire Hoffman, doctorante, responsable de la programmation arts visuels au Centre culturel Suisse, Paris
  • février
 « Université radicale / Sophie Taeuber » par Valérie Dupont, MCF Dijon
  • mars
 « Enseigner aujourd’hui / Clélia Barbut » en dialogue avec une enseignante de l’Ecole (titre à préciser) par Clélia Barbut, docteure, chercheuse associée à Paris 3 Sorbonne Nouvelle

/// LA MUSIQUE DU FUTUR : TECHNOLOGIES SONORES, HISTOIRE, POLITIQUE

[COLLOQUE]

  • Printemps 2021

  • ARC « Arts du son » (resp. Nicolas Thirion, Jean-Christophe Desnoux, Lambert Dousson)

« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… », on pouvait entendre de lointains échos de Benny Goodman résonner dans la cantina de Mos Eisley, l’astroport de la planète Tatooine qui fut le théâtre de la rencontre mythique entre Luke Skywalker et Han Solo…
Qu’une musique mise en scène dans Star Wars, le space opera par excellence, soit montrée interprétée « il y a bien longtemps » par des extraterrestres plus ou moins humanoïdes, sur des instruments de musique hybrides pour lesquels l’analogie avec les big bands de la Terre au XXe siècle est évidente, dit peut-être quelque chose des motifs qui se nouent autour de l’interrogation centrale de ces journées d’études : le futur de la musique peut-il s’incarner dans une musique du futur émancipée de toute référence au passé ? La musique du futur doit-elle être une musique futuriste ?

Quels sont les signes ou les signaux — les signifiants — musicaux du futur ? La question organologique apparaît dans un premier temps comme le cœur du problème : le couplage de la musique et de la technologie des synthétiseurs et de leurs sons électroniques venus de l’espace suspend la musique du futur au son du futur. Il pose la question, abordée dès le début du XXe siècle par Russolo, les futuristes, la musique concrète de Pierre Henri et Pierre Schaeffer ou encore la musique électronique de Stockhausen, du mode de production des sons musicaux, ainsi que de l’extension technique ou technologique de la sphère sonore. Mais un langage musical ne se définit jamais exclusivement par un univers sonore, et il sera intéressant de réfléchir aux tensions rencontrées — jusque dans les couloirs de l’Ircam ! — entre recherche de l’inouï et référence (au moins analogique) au passé.

Mais au-delà de la question spécifique (et qu’il faudra bien sûr aborder) de la musique et du son de la science-fiction (cinéma, séries, jeux vidéo), l’exemple cinématographique nous invite aussi à interroger la relation entre la musique et l’imaginaire social et politique, en tant que leur articulation dessine les contours d’une société présente et future. En d’autres termes, la musique du futur semble se penser en relation avec une société du futur dont elle se veut être, non seulement l’expression, mais peut-être aussi l’environnement même : en tout cas, jamais simplement un décor. Car derrière la multiplicité des musiques et la diversité des futurs qu’elle cherche à incarner — le futur d’après le rock progressif n’est pas le même que le futur selon le glam rock —, la musique du futur est souvent une musique qui ne se contente pas d’exprimer le futur, mais cherche également à l’instituer, à le fonder.

Au-delà du motif romantique-moderniste d’une musique composée non pour le temps présent (car incomprise) mais pour les temps futurs, comme Beethoven en a pu être l’incarnation au XIXe siècle, l’idée même d’avant-garde ou encore le modernisme artistique visent bien la correspondance entre une société du futur, un homme du futur et une musique du futur qui appellent leur actualisation : c’est-à-dire d’un présent libéré des chaînes du passé. Cette projection peut prendre des formes utopistes comme c’est le cas avec la Zukunftmusik (musique du futur) de Wagner (dont on sait combien il a pu influencer la science-fiction), laquelle préfigurait une « œuvre d’art de l’avenir », « œuvre d’art totale » (Gesamtkunstwerk) instituant un homme et une société régénérés, et ressuscitant dans le mythe l’incorporation de ses membres dans un tout politique dont on connaît les résonances racistes. Parallèlement, le futurisme musical a pu clamer son adhésion au fascisme et sa fascination pour la guerre. Ce qui doit dès lors être posé, c’est la question politique des relations entre musique et pouvoir (contrôle) dont la technologie musicale, comme signifiant du futur de la musique. Si le futur de la musique ne date pas d’hier, tout se passe ainsi comme si la musique du futur était toujours déjà une musique rétro-futuriste, à l’image de la science-fiction elle-même. La question qui se posera dès lors sera celle de la puissance critique, voire subversive d’une musique qui fouille dans le présent les indices d’un avenir possible libéré des normes du passé.

/// Foley Objects

[PROJET DE RECHERCHE] (partenariat)

  • 
Institut supérieur de Beaux Arts de Besançon (Daniele Balit et Claire Kueny)

Du nom de leur inventeur, Jack Foley, les Foley Objects, apparus à l’époque des premiers films sonores, sont des objets fabriqués par les bruiteurs pour produire des effets sonores au cinéma. Réalisés à partir de matériaux de récupération et objets trouvés, ils restent dissimulés, situés dans le hors-champ des studios de post-production. En décalage avec les effets sonores qu’ils produisent, ils ouvrent des espaces de “suspension de la perception” et portent une voix inattendue. Objets animistes donc, ils sont parfois rendus visibles par des artistes qui les révèlent en tant que dispositifs magiques de déconstruction et de reconstitution du réel.

Entre son, chorégraphie, sculpture et cinéma, les objets Foley offrent ainsi un modèle d’étude des médias et des dispositifs en tant qu’agents de conditionnement du réel et véhicules d’affects. Ils sont une métaphore des problématiques centrales de ce projet, à savoir interroger le rôle et les régimes d’attention – ou d’inattention – de l’observateur dans les dispositifs médiumniques, selon les différentes formes de filtrage mises en œuvre entre ce qui est reçu et ce qui est élaboré.

L’objectif de Foley Objects est ainsi de mettre en place une approche critique des médias dans le contexte particulier de la recherche en école d’art qui privilège les méthodologies expérimentales, dans une réflexion à la fois théorique et plastique sur la matérialité (et l’immatérialité) des médias.

En partenariat avec le Frac Franche-Comté, l’ECAL-Lausanne, l’Espace Multimédia Gantner, l’Université Rennes 2, l’Université Paris 8, Columbia University / Bell Labs et l’ENSA de Dijon.

/// ELLES ÉTAIENT POURTANT LÀ : OUVRIÈRES, MILITANTES ET CRÉATRICES

[PROJET DE RECHERCHE] (partenariat)

  • Marta Álvarez, Université de Bourgogne – Franche-Comté, équipe d’accueil CRIT EA3224

  • Pascale Séquer, ENSA-Dijon

Ce projet de recherche veut contribuer à déterminer la place des femmes dans les mouvements sociaux de la région de Bourgogne Franche-Comté (1967-1985). Dans ce sens, il s’agit de poursuivre la voie ouverte par certain·e·s chercheur·e·s, pour se concentrer sur l’étude des actions culturelles qui sont au cœur de ces mouvements. C’est ainsi que dans un premier temps, est interrogée cette présence féminine au sein des groupes de cinéma Medvedkine (Besançon, Sochaux), dans des initiatives telles que la bibliothèque de la Rhodiacéta ou à travers les liens établis avec d’autres mouvements militants (comme entre les ouvrières de Lip et le groupe de vidéastes féministes qui créent en 1982 le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir).

Ce travail de recherche se veut aussi un travail de mémoire, à partir de la création artistique. Elle vise à favoriser l’échange intergénérationnel, entre ces femmes et les étudiant·e·s qui intègrent nos équipes de recherche et de production artistique. Le court-métrage Et pourtant elles étaient là croise les voix et les perspectives des générations, en questionnant le militantisme et la place de la femme dans les décennies 60-70, des questions qui sont également au cœur de l’exposition photographique que nous sommes en train de préparer pour l’automne 2021. Une journée d’étude en janvier 2023 sera l’occasion de revenir sur ces expériences, de communiquer sur les résultats de notre travail et d’échanger avec d’autres chercheur.es.

/// CLAIRE ANGELINI, « AU TEMPS DES AUTRES » : UN ESSAI DOCUMENTAIRE

[PROJET DE RECHERCHE]

  • ARC « Représentations de l’étranger, arts documentaires » (resp. Philippe Bazin)

Journal de voyage, film-essai et proposition protéiforme, Au temps des autres mesure la présence et l’absence des étrangers dans le sud du Morvan à l’aune des temps longs de l’histoire.

Tandis que des vivants retrouvent dans la montagne des bribes indéchiffrables de notre humanité antérieure, des absents dans la plaine semblent avoir laissé derrière eux des restes que nous ne savons même plus lire et déchiffrer. Ainsi émerge progressivement le sens de la présence et de la disparition des étrangers au sein de ce petit territoire, où ils ont constitué — Espagnols, Harkis, Polonais — la main-d‘œuvre la plus avantageuse et la plus exploitée qui soit.

Retracer leur présence enfouie dans les paysages post-industriels de cette région, c’est retrouver une mémoire des lieux et des êtres, et par ce surgissement d’une autre histoire, faire acte de résistance.

La pratique de l’archéologie observée parallèlement à cette quête, permet d’ouvrir une réflexion sur l’histoire comme matérialité autant que sur la part d’opacité et de manque qui est au cœur de notre altérité.

Le projet existe sous deux formes : celle d’un long-métrage documentaire (123’) et celle d’une projection-performance (durée variable).
Dans le long-métrage, la voix off guide le spectateur emmené dans un voyage dans cette région qui est aussi une quête et une enquête à la recherche des étrangers et de leur histoire.

Dans la version en projection-performance, l’autrice, présente elle-même dans l’espace de projection, accompagne en temps réels les fragments de film qu’elle projette, au gré de sa parole et dans une relation de proximité aux spectateurs.

Commencé en 2016 dans le cadre de l’Arc ARC « Représentations de l’étranger, arts documentaires » coordonné par Philippe Bazin, photographe et professeur à l’ENSA Dijon, l’« essai documentaire » de Claire Angelini, Au temps des autres, fera en 2020-2021 l’objet d’une diffusion dans plusieurs espaces culturels de la région Bourgogne Franche-Comté.

 

LA DIFFUSION DE LA RECHERCHE

La recherche étant au centre de l’activité de l’ENSA Dijon, les ARC, séminaires, journées d’étude, expositions, workshops, font partie intégrante des enseignements et font l’objet, pour certains d’entre eux, d’une attribution de crédits ECTS.

La diversité des ARC proposés, de même que la richesse de l’offre et la fréquence des workshops, lesquels s’articulent autour de l’intervention d’invité·e·s extérieur·e·s (artistes, designers, philosophes, anthropologues, chercheurs, écrivains, architectes…) font de l’ENSA Dijon un lieu particulièrement attractif et vivant, en prise directe avec le monde de l’art et les problématiques de notre temps.

Les journées d’étude et colloques, qui permettent d’approfondir sur un ou plusieurs jours une question théorique, philosophique et/ou sociale, donnent lieu à des publications, actes de colloques, blogs, livres, articles…

Un des objectifs est aussi de générer, en collaboration avec le pôle Relations internationales de l’école (resp. Emmanuel Monnier), une mise en réseau internationale de ses sujets de recherche avec des lieux de recherche et de création dans le monde.

Ces moments intenses de la vie d’une école d’art sont aussi le point d’orgue de la valorisation de cette recherche-création inhérente aux questionnements et enjeux rencontrés au croisement des champs de l’art, du design et des sciences (des sciences de la nature et des sciences formelles, comme des sciences humaines et sociales).

Les dernières journées d’étude

  • « Agoras contemporaines. Processus alternatifs de construction de l’espace public », 2019
  • « Figures de l’étranger, archives et actualité », 2018
  • « Sur le travail du sexe », 2018
  • « Faire ensemble », 2017
  • « Non-mixité, self-défense », 2017
  • « Back to the Land : réanimer notre sensibilité au vivant », 2017
  • « Le dessin contemporain », 2016
  • « Biomimétisme : Science, design et architecture », 2015
  • « Ce que Michel Foucault fait à la photographie », 2014

Les dernières publications

  • Lambert Dousson (dir.), Agoras contemporaines. Design, démocratie et pratiques alternatives de l’espace public, Paris, Éditions Loco, 2020.
  • Manola Antonioli (dir.) avec la collaboration de Jean-Marc Chomaz et Laurent Karst, Biomimétisme, Paris, Éditions Loco, 2017.
  • Philippe Bazin (dir.), Ce que Michel Foucault fait à la photographie, Setrogran, 2016.
  • Manola Antonioli (dir.), Machines de guerre urbaines, Paris, Éditions Loco, 2015.

Les dernières expositions

  • « Rivière sans retour » (org. Bruno Rousselot), galerie Interface, Dijon 23 mars – 20 Avril 2019
  • « La peinture en apnée » (org. Xavier Douroux – Directeur du Consortium Dijon, Pierre Tillet – ENSA Dijon et Astrid Handa-Gagnard – Directrice du FRAC Bourgogne), Les Bains du Nord – FRAC Bourgogne, 2017.